Marjan Kamali, "La librairie de Téhéran", 2019

 

Les livres, les mots, les lettres, l'espoir -tout cela n'a pas de fin. C'est un amour dont on ne se remet jamais.”









Writing& style: ⭐⭐⭐
Interest&reflective:  ⭐⭐
Characters and setting: ⭐⭐
Story and plot: ⭐⭐
Originality:   ⭐⭐⭐
Reading experience: ⭐⭐⭐⭐

General rating: ⭐⭐⭐

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Livre emprunté complètement au hasard à la bibliothèque de ma ville (contexte: rayon des nouveaux arrivages, titre contenant "librairie", synopsis contenant "activiste politique", "la librairie devient un lieu de rendez-vous clandestins et de résistance" et "poètes persans" -je n'ai pas pu résister), je n'avais aucune attente particulière lorsque j'ai commencé ma lecture. Happé par le rythme, je l'ai fini rapidement (en moins de 3 heures). 

Cette lecture est sensorielle, en particulier sur le goût : la cuisine iranienne comme point d'ancrage pour les expatrié.es, les aliments partagés aux diverses réceptions, les arômes des aliments associés à certain.es personnages... Et pour le.a lecteur.rice, un goût doux-amer.

Jonglant entre le passé et le présent, une forme de nostalgie s'installe rapidement, sans pour autant verser dans une mélancolie lourde. Le style reste léger, vivant. Si les personnages frôlent le plus souvent la caricature, leurs histoires sont complexes qui donnent à chacuns de leurs récits l'impression de lire non pas un roman, mais des témoignages.
La culture iranienne est constamment présente, avec la présence récurrente de coutumes, d'expressions, de cuisine, de mots de la culture persane. 

Le roman reste avant tout centré sur la romance entre Roya et Bahman, deux jeunes gens du Téhéran de 1953, rêvants d'émancipation et de liberté. La politique occupe une place centrale dans cette histoire, comme elle l'est dans la vie des personnages. Sans être un roman politique, l'autrice ici nous rappelle à quel point ce paramètre est absolument présent et complexe dans nos vies, quelque soit l'expérience et l'intérêt que nous y portons.

Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, c'est l'habilité avec laquelle Marjan Kamali jongle entre les histoires des personnages pour nous dévoiler petit à petit les liens qui les relient.
Pas d'indices lourds prévisibles, ou de révélations soudaines tombant comme un cheveux sur la soupe: les indices sont subtilement soupoudrés depuis le début, mais leur importance, leurs explications et leurs liens n'apparaissent que petit à petit, dans une sorte de mouvement transitoire qui brouille les pistes entre le passé et le présent - un autre des thèmes du livre: le passé existe toujours dans le présent.

Le point négatif majeur sont les personnages en elleux-mêmes, qui m'ont empêchés de trouver un point d'identfication -à part le personnage de Walter, un américain doux et ouvert d'esprit, qui n'arrive que vers le milieu du récit. Les personnages, comparé.es à leurs propres histoires, sont plats, et versent pleinement dans le cliché parfois. L'héroïne, Roya, semble constamment se laisser porter par ce qui se passe autour d'elle, sans lutter, sans chercher même à s'imposer un minimum. Elle est présentée comme une femme libre, mais en réalité elle ne fait qu'obéir à Bahman, l'homme dont elle est amoureuse -vecteur du stéréotype du "beau garçon intellectuel rebelle qui fréquente les libraires"-, sa famille -avec une soeur au caractère difficile à comprendre et des parents peu consistants- ou les évènements de sa vie.De même, la mère de Bahman, atteinte de troubles mentaux, est traitée de manière très stéréotypique. Sa méchanceté semble parfois vraiment exagérée, et peu crédible.

De manière générale, l'une des choses qui m'agace, c'est quand l'auteur.rice mets trop en avant la manière dont iel estime que ses lecteur.rices devraent juger ses personnages; en insistant sur les excuses, en disant de manière explicite pourquoi il faut pardonner à un tel, ou en vouloir à untel. En résumé, en donnant une idée lourde de ce qu'iel estime être la morale à porter sur ses personnages, sans laisser aux lecteur.rices de prendre du recul et porter sa propre moralité dessus. C'est ce qui se passe dans ce roman.
Des passages insistent trop lourdement sur ce que l'on devrait penser des personnages, et expliquer leurs actes. Si je trouve ces passages superflus et ennuyants, c'est parceque les actions et l'histoire en elle-même révèle déjà le caractère des personnages: il est inutile d'en ajouter autant.

Cependant, l'histoire reste agréable à lire. J'aime les lectures mi-douces mi-amères, dont la fin nous laisse à moitié souriant, à moitié larmoyant. Le goût des plats iraniens se mèle à celui salé des larmes, et serre le coeur pour un passé gâché par les malentendus, la jalousie et la quête de réussite sociale; par l'influence et le pouvoir que les dirigeants politiques peuvent avoir sur des vies si éloignées des leurs. -et si l'espoir manque à la fin du récit de Roya, c'est le librairie par qui tout à commencé qui nous l'offre à nouveau dans l'épilogue:


"Mais l'amour continuera à vivre, les jeunes gens continueront d'espérer, le combat pour la démocratie ne s'éteindra pas. 
Les livres, les mots, les lettres, l'espoir -tout cela n'a pas de fin. C'est un amour dont on ne se remet jamais."