[rédaction en cours] Sappho, la dixième Muse

Σαπφώ

Il est de mon avis que l'on ne parle toujours pas assez de Sappho. Ou du moins, que l'on ne reconnaisse pas l'importance et l'étendue de son influence et de sa popularité dues à son oeuvre poético-musicale, ainsi que des innovations en musique qui lui sont attribuées.
On la connait comme étant Sapphô de Lesbos (deux termes à l'origine de "lesbianisme" et "sapphisme', non sans raison), une femme qui pendant longtemps dans le milieu académique français, alternait entre encensement et dénigrement, éloge et réprobation. Si une grande majorité s'accorde sur son lesbianisme - qui ainsi placé, ne semble plus si anachronique- et l'influence de son oeuvre, et oeuvre à réhabiliter son travail fragmenté, une minorité (universitaire, mais surtout médiatique) tendsencore à réprouver , non pas sa place chez les Muses ,là où Plato la plaça il y a longtemps, mais sur le sapphisme dans sa vie et son oeuvre. 
Ces débats ne datent pas d'hier, mais déjà dans l'Antiquité gréco-romaine, peu de temps après le décès de cette dame, la rumeur se mêla à l'histoire, le mythe aux faits.
Déjà au XVIème siècle, Sapphô avait déjà cette popularité auprès des femmes sapphistes de milieux aisées -comme en témoignage textes et poèmes qui invoque Sapphô ou les termes qui lui sont liés pour parler de leurs amours de femme à femme (par exemple, l'"Elégie I" de Louise Labé, en 1550).
Au XIXème siècle, l'idée est répandue plus populairement, mais elle devient aussi complètement répréhensible, choquante, et tabou. 
Les exemples sont légions, le plus célèbres pour nous, Français·es, étant les poèmes "Lesbos", "Delphine et Hippolyte" et "Léthé", des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, qui voulait à l'origine nommer son ouvrage "Les Lesbiennes" (plus par désir de choquer le public que par réhabilitation de l'homosexualité féminine, par ailleurs). Ou encore Alfred de Vigny et Charles Martin qui en ont proposé des traductions sans en cacher les dimensions sapphiques.
En Angleterre, à l'ère victorienne,  où le puritanisme atteignait des sommets plus élevé qu'en France, la réputation de la poétesse antique était tout de même connue et encore plus rejeté. On la retrouve ainsi chez des artistes provocateurs qui ont choqués leur époque : Le poète et critique controversé Swinburne a traduit et longuement travaillé sur les fragments de Sappho dont il mets en avant les thèmes amoureux, lesbiens et érotiques; dans son cercle de connaissance, l'écrivain irlandais Oscar Wilde semblait partager cet opinion de Sappho, et la nomme comme sa poétesse favorite.
En plus d'avoir été à l'origine des termes "lesbien" et "sapphique", c'est d'elle aussi d'où vient la symboliqu du violet et de la fleur -la violette- comme symbole de l'homosexualité, en particulier féminine. Une véritable icône de la culture LGBT+ !

Portrait présumé de Sappho, tiré d'une fresque de Pompéi.


Ainsi, je m'étonne que deux siècles plus tard, Sapphô ait encore si peu de popularité médiatique.
Ce sont ces réflexions que je me faisais en lisant hier le "Greek Lyric I: Sappho and Alcaeus" de David A. Campbell.
Plus que d'avoir le plaisir de lire les fragments de la poétesse de Lesbos en grec ancien, c'est surtout de découvrir la popularité de cellec-ci pendant et après son époque, par l'insertion de très nombreux textes variés -lettres, ouvrages divers, livres d'histoire, etc...- qui non seulement parlaient d'elle en tant que femme célèbre, mais qui en plus citait, partagait ou s'émouvait sur son travail poético-musical (la poésie étant indissociable de la musique dans la culture de la Grèce Antique, le travail de Sappho touche ainsi ces deux domaines).

Amusé et ému par certains de ces fragments, j'ai eu envie de les partager ici dans ce post.
Le livre de Campbell étant en français, je partagerais ici les textes traduits par votre serviteur🫡.
Et quand il me le sera possible (car je les rentrerai au clavier, ce qui sera un peu long), j'insèrerai aussi le texte en grec ancien -ne serais-ce que pour le plaisir des yeux.
Voici donc mes notes de lecture de "Greek Lyric I: Sappho and Alcaeus" de David A. Campbell.

Note: Je conseille aussi la lecture de l'excellent "Les Neufs Vies de Sappho", de Laure de Chantal !
Note : Dans cette onglet, https://anemptycornerintheattic.blogspot.com/p/poemes-favoris.html, j'ajouterai mes poèmes favoris de Sapphô au fur et à mesure de mes lectures 

Partie 1: Travaux et citations de Sapphô

τού͂το καὶ μοι τὸ λάμπρον ἔρος τωελίω καὶ τὸ κάλον λέλογχε.
"L'Amour a obtenu pour moi la lumière et la beauté du Soleil [signifie peut-être: L'amour m'a gardée en vie].


"Autour de la belle Lune, les lumineuses formes des étoiles sont cachées lorsqu'elle illumine la Terre de tout son entiereté" [à propos d'une femme qui surpassait en beauté toute ses compagnonnes".

ἀστήρ, οἴομαι, σύ τις εἶ Ἑσπέριος, ἀστέρων πάντων ὁ κάλλιστος.
"Tu es, je pense, une étoile du soir, la plus belle de toute les étoiles"


Partie 2: Iels ont parlé de Sapphô


Anthologie palatine: Tullis Laurea, "On the Same", 7.17

Αἰολικὸν παρὰ τύμβον ἰών, ξένε, μή με θανοῦσαν
τὰν Μυτιληναίαν ἔννεπ᾽ ἀοιδοπόλον
τόνδε γὰρ ἀνθρώπων ἔκαμον χέρες: ἔργα δὲ φωτῶν
ἐς ταχινὴν ἔρρει τοιάδε ληθεδόνα.
ἢν δέ με Μουσάων ἐτάσῃς χάριν, ὧν ἀφ᾽ ἑκάστης
δαίμονος ἄνθος ἐμῇ θῆκα παρ᾽ ἐννεάδι,
γνώσεαι ὡς Ἀίδεω σκότον ἔκφυγον οὐδέ τις ἔσται
τῆς λυρικῆς Σαπφοῦς νώνυμος ἠέλιος. 


Tandis que tu passes devant la tombe éolienne, étranger, ne dis pas que moi, la poétesse mytilène,suis morte: des mains humaines ont construit cette tombe, et de tels travaux de mortels tombent rapidement dans l'oubli; mais si tu me juges au nom des divines Muses, dont j'ai pris une fleur à chacune et que les ai ajouté à chacun de mes neuf [livres de poésies], tu sauras que j'ai échappé au crépuscule d'Hadès, et qu'aucun soleil ne se lèvera qui ne se souviendras pas du nom de la lyrique Sapphô. 


Eusebius, Chronicle Olympiad 45.1 (600/599)

Sappho et Alcaeus poetae clari habentur
Sappho et Alcaeus sont tenus pour célèbres.

Pollux, Voc.9.84

Μυτιληναῖοι μὲν Σαπφῶ τῷ νομίσματι ἐνεχράξονται
Les Mytilènes ont gravés Sapphô sur leur monnaie